La bonne couleur de peau…
Tous les matins, ma roomate se livre au même rituel : elle effectue un gommage sur sa peau, frotte énergiquement pour éliminer les impuretés, rince, essuie, s’enduit de crème apaisante, par petites touches elle applique un correcteur de défauts, puis une autre crème protectrice et enfin, le fond de teint unifiant qu’elle pose sur son visage d’une curieuse façon en se donnant plein de petites claques…
Tous les matins, j’observe mi-amusée, mi-étonnée le rituel de beauté matinal indispensable à toute coréenne avant d’entamer sa journée. Il me rappelle celui des geishas, à une autre époque…
Ce matin, dès que le rituel fut terminé, je lui ai dit que je l’admirais pour se maquiller avec autant de soin chaque jour. Elle m’a répondu que c’était très important dans la culture coréenne : une jeune fille non mariée de peut pas se permettre de s’exposer au regard du male coréen sans ses trois couches de fond de teint…
Alors, pour rire, je lui ai fait remarqué que les males coréens devaient me trouver fort négligée car quotidiennement je ne mets que du blush, et encore, quand je ne suis pas déjà trop en retard pour arriver en cours…
Alors, pour rire, je lui ai fait remarqué que les males coréens devaient me trouver fort négligée car quotidiennement je ne mets que du blush, et encore, quand je ne suis pas déjà trop en retard pour arriver en cours…
Et oui, c’est bien connu : plus on habite près de son lieu de travail ou d’étude, plus on arrive en retard (trajet dormitory - salle de classe : 5 minutes, retard quotidien : environ 10 minutes)
Elle m’a répondu, avec une gentillesse teintée de fatalisme : « mais toi ce n’est pas pareil, tu n’en as pas besoin, tu es née avec la bonne couleur de peau ! »
Ces paroles auraient du me faire plaisir car c’était clairement un compliment mais elles m’ont mis profondément mal à l’aise et m’ont fait réfléchir…
Pourtant j’avais déjà reçu ce genre de compliment auparavant : Wei-Lan, par exemple, mon amie chinoise, me dit régulièrement qu’elle a envie de me manger car je lui fait penser à une pêche blanche… Elle me fait un petit peu peur d’ailleurs celle-là…
Mais aujourd’hui, juste après avoir observé le mal que ce donne la pauvre Shin-Young, chaque matin, pour « me » ressembler…
Cela m’a rappelé Je suis noir et je m’aime pas le manioc de Gaston Kelman. Dans ce livre, ce sociologue tente de combattre les stéréotypes et décrit les souffrances que s’infligent certaines femmes noires pour se blanchir la peau dans une quête d’esthétisme vaine et désepérée…
Pourquoi mon teint blanc rosé serait-il LA bonne couleur de peau ?
D’un point de vue purement esthétique, aux yeux des coréens, je suis « exotique » et par esprit de contradiction les êtres humains cherchent toujours à être ou à avoir ce qu’ils n’ont ou ne sont pas. Ainsi je tuerai pour avoir la chevelure brune et soyeuse d’une coréenne.
D’un autre côté, il ne faut pas oublier l’image que nous renvoie la culture américanisée, européanisée ou le blanc est synonyme de richesse, de modernité, d’intelligence, de puissance…
Aussi, à travers ce geste anodin de la pose d’un fond de teint blanc-rosé, ces femmes tentent de ressembler à ces icônes artificielles. Ressemblance qui, dans leur inconscient, leur permettrait d’atteindre un meilleur statut, une reconnaissance selon les critères de ce que la mondialisation nous renvoie comme étant « le beau ».
Loin de moi l’idée de « jouer ma José Bové », pas le genre de la maison, mais bon, quand mondialisation rime avec une seule façon de voir le beau et que la conséquence directe en est la volonté de nier sa couleur de peau, je trouve ça quand même très triste et je ne suis pas d’accord.
Loin de moi l’idée de « jouer ma José Bové », pas le genre de la maison, mais bon, quand mondialisation rime avec une seule façon de voir le beau et que la conséquence directe en est la volonté de nier sa couleur de peau, je trouve ça quand même très triste et je ne suis pas d’accord.
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