Quand la flamme s’éteint à Paris, le torchon brûle à Pékin…

Publié le par AnSo

La formule n’est pas de moi mais du dessinateur Serge-Henri Bouvet, hauteur du dessin ci-dessous, et elle résume parfaitement la dégradation des relations sino-françaises observée ces derniers temps suite aux mésaventures qu’a connu la flamme olympique à Paris, il y a peu. Aussi, je me suis dit qu'il était temps d'écrire une "petite" note sur la Chine, les Chinois et la question JO.  

J’ai la chance de passer ma 3e année d’étude en Asie et donc au cœur des événements même si la Corée n’est pas la Chine. Suite à mon petit voyage à Pékin et surtout au contact quotidien d’une trentaine de Chinois dans la même situation que moi à Séoul, j’apprends à connaître ce pays et cette culture à travers son peuple.  

Premier constat : j’ai rencontré des gens formidables comme Pang-Yu, Liu-Fei, Wang-Di, Wei-Lan, Yuan-Yuan (que tout le monde surnommait Won-Won en Corée car le yuan est la monnaie chinoise et le won, la monnaie coréenne… J’avoue avoir mis quelques semaines avant de comprendre la blague…) Certains me sont apparus comme des abrutis finis et puis d’autres ne m’ont fait ni chaud ni froid. C’est ainsi : on ne peut pas plaire à tout le monde et réciproquement, il faut savoir l’accepter. Un microcosme très divers avec des personnalités bien tranchées et pourtant, une constante nationale évidente.

En huit mois de Corée, je n’ai pas appris que des autres. J’ai aussi beaucoup appris sur moi-même en tant qu’individu et surtout en tant que Française à l’étranger. A mon arrivée en Corée,  ce genre de phrases m'exaspéraient très rapidement : « les Français font ci… Les français font ça… » Il s’agissait peut être d’un problème d’égo mais je n’avais pas envie que le moindre de mes faits et gestes ou encore que chacune de mes pensées soient assimilés à ceux de mes 60 millions de compatriotes restés en métropole. Il faut aussi ajouté que la société coréenne a globalement peu connu le métissage contrairement à la nôtre. Les Coréens sont donc plus enclins à faire des généralités nationales. Quoi qu’il en soit j’avais tort de réagir ainsi car il existe des constantes nationales frappantes et je n’échappe pas à la règle. Cette propension (plus ou moins développée selon les individus) qu’ont les Français à tout critiquer, à tout comparer et souvent à l’avantage de la mère patrie, par exemple. Un certain sentiment de supériorité aussi, eut égard à l’importance que nous accordons à notre culture, à notre passé de conquérant… La tendance « cocorico », en somme…

Pour en revenir aux Chinois, j’ai observé cette même fierté à l’égard de leur culture, de leur langue, complexe trésor antique, et de la grandeur de leur nation, également ancienne puissance colonisatrice. La Corée étant d’ailleurs une ancienne colonie chinoise, je me suis demandé s’il ne ressentait pas un peu ici ce qu’un Français peut ressentir au Maroc ou en Tunisie, cette impression d’être toujours un peu chez soi…

En revanche, il existe une différence fondamentale, à savoir la politique. Autant la démocratie, au sens pure du terme et non affublée d’un adjectif dénaturant du type « populaire », par exemple,  est omniprésente à l’esprit de tous les Français avec sa sœur,  la liberté d’expression. Autant en Chine, on ne se soucie pas de politique, on suit et supporte la ligne officielle du parti, parce qu’on n’a pas le choix mais aussi car on subit un tel endoctrinement dès le plus jeune âge qu’on ne souhaite pas se rebeller. L’important c’est l’économie, à savoir finir du bon côté de la société, celui des riches car les classes moyennes n’existent pas et les pauvres, ça craint.

Alors forcément entre moi, petite Française, et mes interlocuteurs chinois, ce fut le choc des cultures ! J’ai immédiatement éprouvé le besoin de leur parler politique pour voir leur  réaction sur des sujets polémiques liés à la Chine comme Tienanmen, la révolution culturelle, le régime actuel du pays mais aussi Taiwan et puis, bien sûr, le Tibet.


S’ils admettent volontiers les erreurs du passé, car le gouvernement les a admis avant eux, il est très difficile de leur faire critiquer le régime actuel. A travers leur parole, je perçois le discours quotidien des enseignants, des journalistes et des gouvernants eux-mêmes par l’intermédiaire des journaux, de la télévision et qui devait ressembler à peu près à cela : « Un jour ou l’autre vous serez amenés à rencontrer des Occidentaux, que ce soit en Chine ou à l’étranger. Ils vont essayer de vous convaincre que notre système politique est mauvais. Ils diront que nous n’avons pas une vraie démocratie mais ils se trompent. C’est eux qui n’ont rien compris et sont incapables de comprendre que  notre démocratie est le meilleur des systèmes pour nous, le peuple Chinois. Leur discours n’est pas bienveillant. Ce qu’ils veulent c’est affaiblir la Chine pour pouvoir la dominer mais nous, Chinois, nous ne les laisserons pas faire ! »


Ainsi, au sujet du système politique chinois, aucune discussion n’est possible puisque… je ne peux pas comprendre. Et, en ce qui concerne Taiwan, la question n’est pas de savoir si le peuple taïwanais veut l’indépendance mais celle du mythe paranoïaque d’un complot des puissances qui soutiendraient l’indépendance de Taiwan pour affaiblir la Chine… Bref, c’est compliqué et on serait tenté de baisser les bras et de se cantonner à des sujets de conversations plus neutres comme le temps, la musique, le shopping… C’est ce que j’ai fait pendant un temps, mais je n’aime pas vraiment pas la langue de bois. Alors je continue à leur parler de politique et à leur faire savoir mon point de vue et l’importance à mes yeux d’un changement au niveau politique en Chine. Une goutte d’eau dans la mer diront certains. Probablement, mais je me dis que c’est peut-être le seul voyage que mes amis chinois effectueront jamais  en dehors de Chine (car les vacances en Asie ça n’a rien à voir avec la France) et c’est donc peut–être leur seule chance d’entendre une opinion divergente de la leur. Et peut-être que je les amènerai à s’interroger et qui c’est, un jour, à remettre en question ce qu’ils ont toujours pris pour argent comptant. Ah l’idéalisme, quand tu nous tiens!


Mais l’important, à mon sens, est de ne pas les heurter de plein fouet, de ne pas les choquer violemment car ça ne servira à rien d’autre qu’à attiser leur envie de préserver et renforcer leur position. Le régime chinois repose sur une paranoïa exacerbée et tous les êtres paranoïaques sont connus pour leur extrême susceptibilité. Aussi, je pense que les méthodes des manifestants français ayant éteint la flamme ne sont pas adaptés. Pourquoi répondre à la violence par la violence ?


Bien sûr, il faut dénoncer ce qui se passe au Tibet, dans les prisons chinoises… car la France est le pays des Droits de l’Homme. Elle a donc le devoir moral d’alerter l’opinion et de marquer son désaccord. Mais il fallait peut-être y penser quelques années auparavant, quand la Chine a été choisie pour accueillir les JO. Les massacres ne se sont pas arrêtés entre-temps pour reprendre cette année…


Si un dialogue ne peut être amorcé entre les dirigeants chinois, d’un côté, et les indépendantistes tibétains, de l’autre je pencherai pour que  les présidents des Etats de droit boycottent la cérémonie d’ouverture afin de faire savoir que de tels exactions sont inadmissibles. Il s’agirait d’un symbole fort, mais seulement d’un symbole, j’en conviens… Mais par la suite, il faudrait maintenir cette sévérité à l’égard du régime, ne pas cesser d’encourager le dialogue et arrêter de se plier à une telle dictature au nom de l’économie comme il faudrait le rappeler à ces messieurs dames de Yahoo, par exemple, qui n'ont pas hésité à vendre le nom d'opposants politiques sur internet pour conserver leur bonne position sur le marché chinois...

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Publié dans Choc culturel

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Y
je nous croyais plutôt 60 que 6 millions^^
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A
<br /> Ah oui, faute de frappe! (Enfin, on va faire passer ça pour une faute de frappe^^) Corrigé!<br /> <br /> <br />